
Le silence aura été de courte durée. Le 20 février 2026, lors d’un point de presse tenu au siège de l’Ordre des avocats à N’Djamena, le bâtonnier Dr Allah-ramadji Nambaye a pris la parole pour tirer la sonnette d’alarme. Plus qu’une réaction conjoncturelle, l’intervention du Barreau du Tchad se veut un avertissement solennel sur l’état des libertés publiques et du fonctionnement de la justice dans le pays.
Derrière la dénonciation d’une insécurité croissante marquée par des assassinats, des attaques armées et des tensions intercommunautaires se profile une interrogation plus profonde : l’État est-il encore en mesure d’assurer pleinement sa mission régalienne de protection des citoyens et de garantie des libertés fondamentales ?
Le Barreau pointe également les méthodes employées par certaines forces de défense et de sécurité lors des opérations de contrôle. Selon le bâtonnier, la multiplication des abus et des dérives fragilise la confiance entre les citoyens et les institutions chargées de les protéger. Une situation qui, à terme, pourrait compromettre la stabilité sociale.
Mais c’est surtout sur le terrain judiciaire que l’inquiétude se fait plus vive. Les entraves répétées aux droits de la défense constituent, aux yeux des avocats, une ligne rouge. Des cas de menaces et de violences physiques à l’encontre d’avocats dans l’exercice de leurs fonctions, notamment dans des brigades de gendarmerie et des commissariats, ont été évoqués. Des pratiques jugées humiliantes – comme l’obligation de laisser les téléphones à la guérite ou de se déchausser avant d’accéder aux bureaux – sont dénoncées comme contraires aux principes encadrant la profession.

À travers cette sortie médiatique, le Barreau ne se limite pas à un constat. Il appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour restaurer la sécurité, garantir le respect des droits fondamentaux et lutter contre l’impunité. Car, préviennent les avocats, l’absence de sanctions face aux violations des droits humains nourrit un cycle de répétition des abus.
En s’exprimant publiquement, le Barreau du Tchad se positionne ainsi comme vigie institutionnelle, rappelant que la solidité d’un État se mesure aussi à sa capacité à protéger les droits de ses citoyens et à préserver l’indépendance de la justice.
