
Au Tchad, il n’existe pratiquement aucune communauté qui ne compte pas en son sein un enfant issu d’une union entre le Nord et le Sud. Ces mariages ont toujours existé et continuent d’exister aujourd’hui, bien plus qu’on ne veut bien le reconnaître.
Aujourd’hui, ils y’a des Gourane nés d’une mère originaire du Sud, des Zakhawa, des Kanembous, des Arabes, boulalas ….… tous issus de ces familles mixtes. Un Arabe a un parent originaire du Logone, un Sara a un oncle venu du Kanem, un Gourane a un cousin né à Kélo….…….
La réalité est là le métissage familial est déjà une réalité profonde.
Et ces personnes vivent leur identité pleinement elles sont fières de leurs doubles origines et elles sont acceptées dans toutes les sociétés. Que ce soit à N’Djaména, à Moundou, à Abéché ou ailleurs, ces liens du sang et de l’alliance traversent toutes les communautés.
Dès lors, dire que le problème du vivre ensemble viendrait d’un manque de mariages Nord-Sud, ou même simplement poser la question, relève de la moquerie et d’un manque total de connaissance du sujet. C’est une ingérence mal placée, voire une hypocrisie, car elle détourne l’attention des véritables maux qui rongent le pays.
Ce qui manque au Tchad, ce n’est pas le mélange des familles il existe déjà et il est solide .
Le problème est ailleurs. Il se niche dans l’injustice quotidienne, le népotisme qui attribue les postes selon l’origine plutôt que la compétence, la corruption qui ronge les ressources de l’État, et les inégalités criantes entre régions.
Tant qu’un Tchadien sera défavorisé parce qu’il n’est « pas du bon côté », aucun mariage ne pourra réparer le tissu social. Le vivre ensemble ne se décrète pas dans les foyers mixtes ; il se construit dans l’égalité des droits pour tous.
Et Tant que l’impunité, la prédation des ressources et la justice à deux vitesses persisteront, aucune union conjugale ne pourra, à elle seule, recréer le tissu social.
Le « vivre ensemble » au Tchad ne sera possible que lorsque la nationalité primera l’appartenance régionale dans l’accès aux droits et aux opportunités.
Alors comment peut-on prétendre que le problème du vivre ensemble viendrait d’un manque de mariages interrégionaux ?
Ceux qui prétendent le contraire ignorent tout de la réalité tchadienne.
Et ce problème du vivre ensemble ne concerne pas seulement le clivage Nord-Sud. Il est aujourd’hui présent partout au Tchad : au Centre, à l’Est, au Nord, les tensions existent entre communautés voisines, entre éleveurs et agriculteurs, entre autochtones et allogènes. La fracture dépasse largement l’opposition artificielle entre le Nord et le Sud.
Alors arrêtons de détourner l’attention sur cette opposition artificielle Nord-Sud. Elle sert souvent à masquer les véritables problèmes.
Ce n’est pas le sang qui manque, c’est la justice.
Mawiya djirab alifei, juriste politologue
