À Moundou, un groupe électrogène acheté avec les fonds de la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) en 2015 est devenu la cible d’un détournement orchestré en toute discrétion. Le délégué du marché « Désert », Hassane Mahamat Ali Toundjour, est pointé du doigt dans cette affaire sombre. Enquête sur une tentative de liquidation d’un bien public qui scandalise la ville économique du Tchad.
Dans l’ombre des ruelles poussiéreuses de Moundou, un coup tordu se tramait sans éveiller de soupçons. Un groupe électrogène flambant neuf, acquis en 2015 par la mairie avec le soutien financier de la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) et livré par l’entreprise Tchad Business, était au cœur d’un plan de détournement scandaleux.
Le nouvel édile de Moundou, Djékaoussem Bodoh Elon, venait à peine de prendre ses fonctions que déjà, un appât lui était tendu. Le délégué du marché « Désert », Hassane Mahamat Toundjour, a flairé l’opportunité et n’a pas hésité à lui proposer la vente du fameux groupe électrogène pour la modique somme de 16 millions de francs CFA. Ce qui aurait pu passer pour une transaction classique cache en réalité une manigance soigneusement orchestrée.
Pour échapper à la vigilance des habitants, le groupe électrogène a été discrètement déplacé du site des déchets pétroliers de Bonon vers le garage de Kaguer Nargaye. Le propriétaire du garage lui-même, selon nos informations, n’était pas au courant de cette opération nocturne. La supercherie aurait pu réussir si la population ne s’était pas mobilisée pour dénoncer l’affaire.
Face aux interrogations insistantes, notamment sur la pièce prétendument manquante qui justifierait la liquidation, Hassane Mahamat Toundjour reste muet comme une tombe. Impossible de dire de quoi il s’agit, comme si l’objet du délit n’avait jamais existé. Une absence de transparence qui ne fait qu’alimenter la suspicion et l’indignation collective.
Bondoh Elon, pris au piège
Le maire Bodoh Elon a mordu à l’hameçon sans se douter du guet-apens. Sans le tollé soulevé par les citoyens vigilants, le groupe électrogène aurait disparu dans les méandres des combines mafieuses. La question qui taraude les esprits est, pourquoi cette précipitation à vendre un bien public en parfait état ?
La découverte du pot aux roses a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Certains internautes, sans vergogne, se sont empressés de défendre l’indéfendable, prétextant que tout ceci n’était qu’un malentendu. Pourtant, les faits sont là, bruts et indiscutables.
La mairie, quant à elle, garde un silence de cimetière alors que la population exige des comptes. À Moundou, le sentiment de trahison est palpable et l’exaspération monte face à l’impunité apparente dont bénéficient certains acteurs du scandale. Une chose est sûre, l’affaire est loin d’être close et les langues commencent à se délier. La population de Moundou ne compte pas se laisser faire et réclame justice. Mais dans un pays où la transparence est un vain mot, l’espoir d’un dénouement juste reste suspendu au bon vouloir des autorités.
Steven Ngarhokarial, journaliste

